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le 10/03/2010 à 17:53:34

 

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• Citations

Quand le navire doit sombrer, les rats sont les premiers à le quitter.
Fiodor Dostoïevski
Extrait de Les Démons

Les dettes sont comme des rats sur un bateau sans chat... ça dévore un bateau en un rien de temps.
Pierre Djada Lacroix
Extrait de La Troisième Marche

Je n'ai qu'une seule bonne qualité, c'est la persistante énergie des rats, qui rongeraient l'acier s'ils vivaient autant que les corbeaux.
Honoré de Balzac

L'astrologie est un cancer inventé par des rats rusés rongeant des ânes assez crédules pour croire qu'ils pourront être des lions.
Serge Provencher
Extrait de Les Mémoires de Nestor

A force de voleter sans but précis, comme le fait une mouche, on finit toujours par rencontrer un rat mort ou une bouse de vache.
Lao She
Extrait de Quatre Générations sous un même toit

Les rats nous observent dans l'ombre de leurs égouts. Ils se lissent les moustaches de joie car ils n'ignorent pas que notre civilisation fermera bientôt son guichet.
Michel Dansel
Extrait de Nos frères les rats

On dit toujours que, lorsqu'un navire est sur le point de couler en pleine mer, les rats sentent le danger longtemps avant les hommes et se sauvent tous ensemble. Question : où peuvent-ils bien aller ?
François Cavanna
Extrait de Le Saviez-vous ?

Il est faux de croire que l'échelle des craintes correspond à celle des dangers qui les inspirent. On peut avoir peur de ne pas dormir et nullement d'un duel sérieux, d'un rat et pas d'un lion.
Marcel Proust
Extrait de Le Temps retrouvé

A semer le pain aux souris on attire les rats.
Cécile Chabot

Branle-bas de nuit pour les rats, dans la ferme où le chat est jeune.
Sigrid Undset
Extrait de Christine Lavransdatter

Un bon chien vaut mieux que deux kilos de rats.
Boris Vian


• Comptines

Après les trois ptits chats, voici les trois ptits rats !

Trois p'tits rats, trois p'tits rats, trois p'tits rats, rats, rats,
Ratatouille, Ratatouille, Ratatouille, Touille, Touille,
Touille ta soupe, Touille ta soupe, Touille ta soupe, soupe, soupe,
Soupe au lait, Soupe au lait, Soupe au lait, lait, lait,
Légume vert, Légume vert, Légume vert, vert, vert,
Ver de terre...
Thermomètre...
Maître d'école...
Décollage...
L'âge de pierre...
Pierre de lune...
Lunettes rondes...
Rondes d'enfants...
En fanfare...
Fariboles...
Bol de riz...
Ribambelle...
Belle de jour...
Jour de fête...
Faîtes des crêpes...
Crêpe au sucre...
Sucre de canne...
Canne à pêche...
Pêche aux moules...
Moule à gaufre...
Fromage blanc...
Blanche-Neige...
Neiges d'antan...
Tambourin...
Rince-doigts...
Doigts de fée...
Féculent...
L'enterrement...
Mandibule...
Bulldozer...
Zerpillère...
Hiératique...
Tic et Tac...
Tac au tac...
Taquiner...
Nez d'sorcière...
Hier matin...
Un, deux, trois...
Trois p'tits rats

Sabine D'Halluin, Trois ptits rats, trois p'tits rats, trois p'tits rats, rats, rats




• Fables



- Jean de La Fontaine



Fable IX, Livre I, Le rat de ville et le rat des champs.

Autrefois le rat de ville
Invita le rat des champs,
D'une façon fort civile
A des reliefs d'ortolans.

Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête :
Rien ne manquait au festin;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le rat de ville détale;
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.

- C'est assez, dit le rustique;
Demain vous viendrez chez moi.
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de roi;

Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc. Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !




Fable I, Livre II, Conseil tenu par les rats.

Un chat, nommé Rodilardus,
Faisait des rats telle déconfiture
Que l'on n'en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou,
Ne trouvait à manger que le quart de son soûl;
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un chat, mais pour un diable.
Or, un jour qu'au haut et au loin
Le galand alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat qu'il fit avec sa dam,
Le demeurant des rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
Dès l'abord, leur doyen, personne fort prudente,
Opinas qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard;
Qu'ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s'enfuiraient en terre;
Qu'il n'y savait que ce moyen.
Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen:
Choses ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d'attacher le grelot.
L'un dit: « Je n'y vas point, je ne suis pas si sot »,
L'autre: « Je ne saurais. » Si bien que sans rien faire
On se quitta. J'ai maints chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus;
Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,
Voire chapitres de chanoines.

Ne faut-il que délibérer,
La cour en conseillers foisonne;
Est-il besoin d'exécuter,
L'on ne rencontre plus personne.





Fable XI, Livre II, Le lion et le rat.

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde,
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.

Entre les pattes d'un lion
Un rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un lion d'un rat eût affaire ?
Cependant il avint qu'au sortir des forêts
Ce lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.

Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.




Fable XVIII, Livre III, Le chat et un vieux rat.

J'ai lu chez un conteur de fables,
Qu'un second Rodilard, l'Alexandre des chats,
L'Attila, le fléau des rats,
Rendait ces derniers misérables.
J'ai lu, dis-je, en certain auteur,
Que ce chat exterminateur,
Vrai Cerbère, était craint une lieue à la ronde :
Il voulait de souris dépeupler tout le monde.
Les planches qu'on suspend sur un léger appui,
La mort-aux-rats, les souricières,
N'étaient que jeux au prix de lui.
Comme il voit que dans leurs tanières
Les souris étaient prisonnières,
Qu'elles n'osaient sortir qu'il avait beau chercher,
Le galand fait le mort, et du haut d'un plancher
Se pend la tête en bas : la bête scélérate
A de certains cordons se tenait par la patte.
Le peuple des souris croit que c'est châtiment,
Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage,
Égratigné quelqu'un, causé quelque dommage;
Enfin qu'on a pendu le mauvais garnement.
Toutes, dis-je, unanimement
Se promettent de rire à son enterrement,
Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tête,
Puis rentrent dans leurs nids à rats,
Puis ressortant font quatre pas,
Puis enfin se mettent en quête.
Mais voici bien une autre fête :
Le pendu ressuscite ; et, sur ses pieds tombant,
Attrape les plus paresseuses.
"Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant :
C'est tour de vieille guerre ; et vos cavernes creuses
Ne vous sauveront pas, je vous en avertis :
Vous viendrez toutes au logis."
Il prophétisait vrai : notre maître Mitis
Pour 1a seconde fois les trompe et les affine,
Blanchit sa robe et s'enfarine;
Et de la sorte déguisé,
Se niche et se blottit dans une huche ouverte.
Ce fut à lui bien avisé :
La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte.
Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour :
C'était un vieux routier, il savait plus d'un tour ;
Même il avait perdu sa queue à la bataille.
"Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille,
S'écria-t-il de loin au général des chats :
Je soupçonne dessous encor quelque machine :
Rien ne te sert d'être farine;
Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas."
C'était bien dit à lui ; j'approuve sa prudence :
Il était expérimenté,
Et savait que la méfiance
Est mère de la sûreté.




Fable VI, Livre IV, Le Combat des Rats et des Belettes.

La nation des Belettes,
Non plus que celle des Chats,
Ne veut aucun bien aux Rats ;
Et sans les portes étrètes
De leurs habitations,
L'animal à longue échine
En ferait, je m'imagine,
De grandes destructions.

Or une certaine année
Qu'il en était à foison,
Leur roi, nommé Ratapon,
Mit en campagne une armée.
Les Belettes, de leur part,
Déployèrent l'étendard.
Si l'on croit la renommée,
La victoire balança :
Plus d'un guéret s'engraissa
Du sang de plus d'une bande.

Mais la perte la plus grande
Tomba presque en tous endroits
Sur le peuple souriquois.
Sa déroute fut entière,
Quoi que pût faire Artarpax,
Psicarpax, Méridarpax,
Qui, tout couverts de poussière,
Soutinrent assez longtemps
Les efforts des combattants.

Leur résistance fut vaine ;
Il fallut céder au sort :
Chacun s'enfuit au plus fort,
Tant soldat que capitaine
Les princes périrent tous.
La racaille, dans des troucs
Trouvant sa retraite prête,
Se sauva sans grand travail ;
Mais les seigneurs sur leur tête
Ayant chacun un plumail,
Des cornes ou des aigrettes,
Soit comme marques d'honneur,
Soit afin que les Belettes
En conçussent plus de peur.

Cela cause leur malheur.
Trou, ni fente, ni crevasse
Ne fut large assez pour eux ;
Au lieu que la populace
Entrait dans les moindres creux.
La principale jonchée
Fut donc des principaux Rats.

Une tête empanachée
N'est pas petit embarras.
Le trop superbe équipage
Peut souvent en un passage
Causer du retardement.
Les petits, en toute affaire,
Esquivent fort aisément :
Les grands ne le peuvent faire.




Fable XI, Livre IV, La Grenouille et le Rat.

« Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui,

Qui souvent s'engeigne soi-même ».

J'ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui ;
Il m'a toujours semblé d'une énergie extrême.
Mais afin d'en venir au dessein que j'ai pris :
Un Rat plein d'embonpoint, gras, et des mieux nourris,
Et qui ne connaissait l'avent ni le carême,
Sur le bord d'un marais égayait ses esprits.
Une grenouille approche, et lui dit en sa langue :
« Venez me voir chez moi ; je vous ferai festin. »

Messire Rat promit soudain :

Il n'était pas besoin de plus longue harangue.
Elle allégua pourtant les délices du bain,
La curiosité, le plaisir du voyage,
Cent raretés à voir le long du marécage :
Un jour il conterait à ses petits-enfants
La beauté de ces lieux, les moeurs des habitants,
Et le gouvernement de la chose publique

Aquatique.

Un point sans plus tenait le galand empêché :
Il nageait quelque peu, mais il fallait de l'aide.
La Grenouille à cela trouve un très bon remède :
Le Rat fut à son pied par la patte attaché ;

Un brin de jonc en fit l'affaire.

Dans le marais entrés, notre bonne commère
S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau,
Contre le droit des gens, contre la foi jurée ;
Prétend qu'elle en fera gorge chaude et curée ;
(C'était, à son avis, un excellent morceau).
Déjà dans son esprit la galande le croque.
Il atteste les Dieux ; la perfide s'en moque.
Il résiste; elle tire. En ce combat nouveau,
Un Milan, qui dans l'air planait, faisait la ronde,
Voit d'en haut le pauvret se débattant sur l'onde.
Il fond dessus, l'enlève, et par même moyen,
La Grenouille et le lien.
Tout en fut ; tant et si bien,
Que de cette double proie
L'oiseau se donne au coeur joie,
Ayant, de cette façon,
À souper chair et poisson.

La ruse la mieux ourdie
Peut nuire à son inventeur;
Et souvent la perfidie
Retourne sur son auteur.




Fable IV, Livre VII, Le Rat qui s'est retiré du monde.

Les Levantins en leur légende
Disent qu'un certain rat, las des soins d'ici-bas,
Dans un fromage de Hollande
Se retira loin du tracas.
La solitude était profonde,
S'étendant partout à la ronde.
Notre ermite nouveau subsistait là-dedans.
Il fit tant, de pieds et de dents,
Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage
Le vivre et le couvert : que faut-il davantage ?
Il devint gros et gras : Dieu prodigue ses biens
A ceux qui font vœu d'être siens.
Un jour, au dévot personnage
Des députés du peuple rat
S'en vinrent demander quelque aumône légère :
Ils allaient en terre étrangère
Chercher quelque secours contre le peuple chat ;
Ratopolis était bloquée :
On les avait contraints de partir sans argent,
Attendu l'état indigent
De la république attaquée.
Ils demandaient fort peu, certains que le secours
Serait prêt dans quatre ou cinq jours.
" Mes amis, dit le solitaire,
Les choses d'ici-bas ne me regardent plus :
En quoi peut un pauvre reclus
Vous assister ? que peut-il faire
Que de prier le Ciel qu'il vous aide en ceci !
J'espère qu'il aura de vous quelque souci. "
Ayant parlé de cette sorte,
Le nouveau saint ferma sa porte.

Qui désignai-je, à votre avis,
Par ce rat si peu secourable ?
Un moine ? Non, mais un dervis :
Je suppose qu'un moine est toujours charitable.




Fable IX, Livre VIII, Le Rat er l'Eléphant.

Se croire un personnage est fort commun en France :
On y fait l'homme d'importance,
Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois,
C'est proprement le mal françois :
La sotte vanité nous est particulière.
Les Espagnols sont vains, mais d'une autre manière :
Leur orgueil me semble, en un mot,
Beaucoup plus fou, mais pas si sot.
Donnons quelque image du nôtre,
Qui sans doute en vaut bien un autre.

Un rat des plus petits voyait un éléphant
Des plus gros, et raillait le marcher un peu lent
De la bête de haut parage,
Qui marchait à gros équipage.
Sur l'animal à triple étage
Une sultane de renom
Son chien, son chat et sa guenon,
Son perroquet, sa vieille, et toute sa maison,
S'en allait en pèlerinage.
Le rat s'étonnait que les gens
Fussent touchés de voir cette pesante masse :
" Comme si d'occuper ou plus ou moins de place
Nous rendait, disait-il, plus ou moins importants !
Mais qu'admirez-vous tant en lui, vous autres hommes ?
Serait-ce ce grand corps qui fait peur aux enfants ?
Nous ne nous prisons pas, tout petits que nous sommes,
D'un grain moins que les éléphants. "
Il en aurait dit davantage ;
Mais le chat, sortant de sa cage,
Lui fit voir, en moins d'un instant,
Qu'un rat n'est pas un éléphant.




Fable XV, Livre VIII, Le Rat et l'Huître.

Un rat, hôte d'un champ, rat de peu de cervelle,
Des lares paternels un jour se trouva soûl.
Il laisse là le champ, le grain, et la javelle,
Va courir le pays, abandonne son trou.
Sitôt qu'il fut hors de la case :
" Que le monde, dit-il, est grand et spacieux !
Voilà les Apennins, et voici le Caucase. "
La moindre taupinée était mont à ses yeux.
Au bout de quelques jours, le voyageur arrive
En un certain canton où Téthys sur la rive
Avait laissé mainte huître : et notre rat d'abord
Crut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord.
" Certes, dit-il, mon père était un pauvre sire.
Il n'osait voyager, craintif au dernier point.
Pour moi, j'ai déjà vu le maritime empire ;
J'ai passé les déserts, mais nous n'y bûmes point. "
D'un certain magister le rat tenait ces choses,
Et les disait à travers champs,
N'étant pas de ces rats qui, les livres rongeants,
Se font savants jusques aux dents.
Parmi tant d'huîtres toutes closes,
Une s'était ouverte ; et, bâillant au soleil,
Par un doux zéphir réjoui,
Humait l'air, respirait, était épanouie,
Blanche, grasse, et d'un goût, à la voir, nompareil.
D'aussi loin que le rat voit cette huître qui bâille :
" Qu'aperçois-je ? dit-il, c'est quelque victuaille ;
Et, si je ne me trompe à la couleur du mets,
Je dois faire aujourd'hui bonne chère, ou jamais. "
Là-dessus, maître rat, plein de belle espérance,
Approche de l'écaille, allonge un peu le cou,
Se sent pris comme aux lacs ; car l'huître tout d'un coup
Se referme : et voilà ce que fait l'ignorance.

Cette fable contient plus d'un enseignement :
Nous y voyons premièrement
Que ceux qui n'ont du monde aucune expérience
Sont, aux moindres objets, frappés d'étonnement.
Et puis nous y pouvons apprendre
Que tel est pris qui croyait prendre.




Fable XXII, Livre VIII, Le Chat et le Rat.

Quatre animaux divers, le chat Grippe-fromage,
Triste-oiseau le hibou, Ronge-maille le rat,
Dame belette au long corsage,
Toutes gens d'esprit scélérat,
Hantaient le tronc pourri d'un pin vieux et sauvage.
Tant y furent, qu'un soir à l'entour de ce pin
L'homme tendit ses rets. Le chat, de grand matin,
Sort pour aller chercher sa proie.
Les derniers traits de l'ombre empêchent qu'il ne voie
Le filet : il y tombe, en danger de mourir ;
Et mon chat de crier ; et le rat d'accourir,
L'un plein de désespoir, et l'autre plein de joie ;
Il voyait dans les lacs son mortel ennemi.
Le pauvre chat dit : " Cher ami,
Les marques de ta bienveillance
Sont communes en mon endroit ;
Viens m'aider à sortir du piège où l'ignorance
M'a fait tomber. C'est à bon droit
Que, seul entre les tiens, par amour singulière,
Je t'ai toujours choyé, t'aimant comme mes yeux.
Je n'en ai point regret, et j'en rends grâce aux Dieux
J'allais leur faire ma prière,
Comme tout dévot chat en use les matins.
Ce réseau me retient : ma vie est en tes mains ;
Viens dissoudre ces nœuds. - Et quelle récompense
En aurai-je ? reprit le rat.
- Je jure éternelle alliance
Avec toi, repartit le chat.
Dispose de ma griffe, et sois en assurance :
Envers et contre tous je te protégerai,
Et la belette mangerai
Avec l'époux de la chouette :
Ils t'en veulent tous deux. " Le rat dit : " Idiot !
Moi ton libérateur ? je ne suis pas si sot. "
Puis il s'en va vers sa retraite.
La belette était près du trou.
Le rat grimpe plus haut ; il y voit le hibou :
Dangers de toutes parts ; le plus pressant l'emporte.
Ronge-maille retourne au chat, et fait en sorte
Qu'il détache un chaînon, puis un autre, et puis tant
Qu'il dégage enfin l'hypocrite.
L'homme paraît en cet instant ;
Les nouveaux alliés prennent tous deux la fuite.
A quelque temps de là, notre chat vit de loin
Son rat qui se tenait à l'<ITALIEN>erte</ITALIEN> et sur ses gardes :
" Ah ! mon frère, dit-il, viens m'embrasser ; ton soin
Me fait injure : tu regardes
Comme ennemi ton allié.
Penses-tu que j'aie oublié
Qu'après Dieu je te dois la vie ?
- Et moi, reprit le rat, penses-tu que j'oublie
Ton naturel ? Aucun traité
Peut il forcer un chat à la reconnaissance ?
S'assure-t-on sur l'alliance
Qu'a faite la nécessité ? "




Fable I, Livre X, Les deux Rats, le Renard et l'Oeuf.

Deux rats cherchaient leur vie ; ils trouvèrent un œuf.
Le dîné suffisait à gens de cette espèce :
Il n'était pas besoin qu'ils trouvassent un bœuf.
Pleins d'appétit et d'allégresse,
Ils allaient de leur œuf manger chacun sa part,
Quand un quidam parut : c'était maître renard.
Rencontre incommode et fâcheuse :
Car comment sauver l'œuf ? Le bien empaqueter,
Puis des pieds de devant ensemble le porter,
Ou le rouler, ou le traîner :
C'était chose impossible autant que hasardeuse.
Nécessité l'ingénieuse
Leur fournit une invention.
Comme ils pouvaient gagner leur habitation,
L'écornifleur étant à demi-quart de lieue,
L'un se mit sur le dos, prit l'œuf entre ses bras,
Puis, malgré quelques heurts et quelques mauvais pas,
L'autre le traîna par la queue.
Qu'on m'aille soutenir, après un tel récit,
Que les bêtes n'ont point d'esprit !

Pour moi, si j'en étais le maître,
Je leur en donnerais aussi bien qu'aux enfants.
Ceux-ci pensent-ils pas dès leurs plus jeunes ans ?
Quelqu'un peut donc penser ne se pouvant connaître.
Par un exemple tout égal,
J'attribuerais à l'animal,
Non point une raison selon notre manière,
Mais beaucoup plus aussi qu'un aveugle ressort :
Je subtiliserais un morceau de matière,
Que l'on ne pourrait plus concevoir sans effort,
Quintessence d'atome, extrait de la lumière,
Je ne sais quoi plus vif et plus mobile encor
Que le feu ; car enfin, si le bois fait la flamme,
La flamme en s'épurant, peut-elle pas de l'âme
Nous donner quelque idée ? et sort-il pas de l'or
Des entrailles du plomb ? Je rendrais mon ouvrage
Capable de sentir, juger, rien davantage,
Et juger imparfaitement,
Sans qu'un singe jamais fît le moindre argument.
A l'égard de nous autres hommes,
Je ferais notre lot infiniment plus fort :
Nous aurions un double trésor :
L'un, cette âme pareille en tous tant que nous sommes,
Sages, fous, enfants, idiots,
Hôtes de l'univers, sous le nom d'animaux ;
L'autre, encore une autre âme, entre nous et les anges
Commune en un certain degré ;
Et ce trésor à part créé
Suivrait parmi les airs les célestes phalanges,
Entrerait dans un point sans en être pressé,
Ne finirait jamais, quoique ayant commencé :
Choses réelles, quoique étranges.
Tant que l'enfance durerait,
Cette fille du ciel en nous ne paraîtrait
Qu'une tendre et faible lumière :
L'organe étant plus fort, la raison percerait
Les ténèbres de la matière,
Qui toujours envelopperait
L'autre âme imparfaite et grossière.




Fable XI, Livre XI, La Ligue des Rats.

Une souris craignait un chat
Qui dès longtemps la guettait au passage.
Que faire en cet état ? Elle, prudente et sage,
Consulte son voisin : c'était un maître rat,
Dont la rateuse seigneurie
S'était logée en bonne hôtellerie,
Et qui cent fois s'était vanté, dit-on,
De ne craindre de chat ou chatte
Ni coup de dent, ni coup de patte.
" Dame souris, lui dit ce fanfaron,
Ma foi, quoi que je fasse,
Seul, je ne puis chasser le chat qui vous menace :
Mais assemblant tous les rats d'alentour,
Je lui pourrai jouer d'un mauvais tour. "
La souris fit une humble révérence :
Et le rat court en diligence
A l'office, qu'on nomme autrement la dépense,
Où maints rats assemblés
Faisaient, aux frais de l'hôte, une entière bombance.
Il arrive, les sens troublés,
Et les poumons tout essoufflés.
" Qu'avez-vous donc ? lui dit un de ces rats ; parlez.
- En deux mots, répond-il, ce qui fait mon voyage,
C'est qu'il faut promptement secourir la souris ;
Car Raminagrobis
Fait en tous lieux un étrange ravage.
Ce chat, le plus diable des chats,
S'il manque de souris, voudra manger des rats. "
Chacun dit : " Il est vrai. Sus ! sus ! Courons aux armes ! "
Quelques rates, dit-on, répandirent des larmes.
N'importe, rien n'arrête un si noble projet :
Chacun se met en équipage,
Chacun met dans son sac un morceau de fromage ;
Chacun promet enfin de risquer le paquet.
Ils allaient tous comme à la fête,
L'esprit content, le cœur joyeux.
Cependant le chat, plus fin qu'eux,
Tenait déjà la souris par la tête.
Ils s'avancèrent à grands pas
Pour secourir leur bonne amie :
Mais le chat, qui n'en démord pas,
Gronde et marche au-devant de la troupe ennemie.
A ce bruit, nos très prudents rats,
Craignant mauvaise destinée,
Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas,
Une retraite fortunée.

Chaque rat rentre dans son trou ;
Et si quelqu'un en sort, gare encor le matou !




Fable XV, Livre XII, Le Corbeau, la Gazelle, la Tortue et le Rat.

A Madame de la Sablière

Je vous gardais un temple dans mes vers :
Il n'eût fini qu'avecque l'univers.
Déjà ma main en fondait la durée
Sur ce bel art qu'ont les dieux inventé,
Et sur le nom de la divinité
Que dans ce temple on aurait adorée.
Sur le portail j'aurais ces mots écrits :
PALAIS SACRÉ DE LA DÉESSE IRIS ;
Non celle-là qu'à Junon à ses gages ;
Car Junon même et le maître des dieux
Serviraient l'autre, et seraient glorieux
Du seul honneur de porter ses messages.
L'apothéose à la voûte eût paru ;
Là, tout l'Olympe en pompe eût été vu
Plaçant Iris sous un dais de lumière.
Les murs auraient amplement contenu
Toute sa vie, agréable matière,
Mais peu féconde en ces événements
Qui des Etats font les renversements.
Au fond du temple eût été son image,
Avec ses traits, son souris, ses appas,
Sont art de plaire et de n'y penser pas,
Ses agréments à qui tout rend hommage.
J'aurais fait voir à ses pieds des mortels
Et des héros, des demi-dieux encore,
Même des dieux : ce que le monde adore
Vient quelquefois parfumer ses autels.
J'eusse en ses yeux fait briller de son âme
Tous les trésors, quoique imparfaitement :
Car ce cœur vif et tendre infiniment
Pour ses amis, et non point autrement,
Car cet esprit, qui, né du firmament,
A beauté d'homme avec grâces de femme,
Ne se peut pas, comme on veut, exprimer.
O vous, Iris, qui savez tout charmer,
Qui savez plaire en un degré suprême,
Vous que l'on aime à l'égal de soi-même
(Ceci soit dit sans nul soupçon d'amour,
Car c'est un mot banni de votre cour,
Laissons-le donc), agréez que ma Muse
Achève un jour cette ébauche confuse.
J'en ai placé l'idée et le projet,
Pour plus de grâce, au-devant d'un sujet
Où l'amitié donne de telles marques,
Et d'un tel prix, que leur simple récit
Peut quelque temps amuser votre esprit.
Non que ceci se passe entre monarques :
Ce que chez vous nous voyons estimer
N'est pas un roi qui ne sait point aimer :
C'est un mortel qui sait mettre sa vie
Pour son ami. J'en vois peu de si bons.
Quatre animaux, vivants de compagnie,
Vont aux humains en donner des leçons.

La gazelle, le rat, le corbeau, la tortue,
Vivaient ensemble unis : douce société.
Le choix d'une demeure aux humains inconnue
Assurait leur félicité.
Mais quoi ! l'homme découvre enfin toutes retraites.
Soyez au milieu des déserts,
Au fond des eaux, au haut des airs,
Vous n'éviterez point ses embûches secrètes.
La gazelle s'allait ébattre innocemment
Quand un chien, maudit instrument
Du plaisir barbare des hommes,
Vint sur l'herbe éventer les traces de ses pas.
Elle fuit, et le rat, à l'heure du repas,
Dit aux amis restants : " D'où vient que nous ne sommes
Aujourd'hui que trois conviés ?
La gazelle déjà nous a-t-elle oubliés ? "
A ces paroles, la tortue
S'écrie, et dit : " Ah ! si j'étais,
Comme un corbeau d'ailes pourvue,
Tout de ce pas je m'en irais
Apprendre au moins quelle contrée,
Quel accident tient arrêtée
Notre compagne au pied léger ;
Car, à l'égard du cœur, il en faut mieux juger. "
Le corbeau part à tire-d'aile :
Il aperçoit de loin l'imprudence gazelle
Prise au piège, et se tourmentant.
Il retourne avertir les autres à l'instant ;
Car, de lui demander quand, pourquoi, ni comment
Ce malheur est tombé sur elle,
Et perdre en vains discours cet utile moment,
Comme eût fait un maître d'école,
Il avait trop de jugement.
Le corbeau donc vole et revole.
Sur son rapport les trois amis
Tiennent conseil. Deux sont d'avis
De se transporter sans remise
Aux lieux où la gazelle est prise.
" L'autre, dit le corbeau, gardera le logis :
Avec son marcher lent, quand arriverait-elle ?
Après la mort de la gazelle. "
Ces mots à peine dits, ils s'en vont secourir
Leur chère et fidèle compagne,
Pauvre chevrette de montagne.
La tortue y voulut courir :
La voilà comme eux en campagne,
Maudissant ses pieds courts avec juste raison,
Et la nécessité de porter sa maison.
Rongemaille (le rat eut à bon droit ce nom)
Coupe les nœuds du lacs : on peut penser la joie.
Le chasseur vient et dit : " Qui m'a ravi ma proie ? "
Rongemaille, à ces mots, se retire en un trou,
Le corbeau sur un arbre, en un bois la gazelle :
Et le chasseur, à demi fou
De n'en avoir nulle nouvelle,
Aperçoit la tortue, et retient son courroux.
" D'où vient, dit-il, que je m'effraie ?
Je veux qu'à mon souper celle-ci me défraie. "
Il la mit dans son sac. Elle eût payé pour tous,
Si le corbeau n'en eût averti la chevrette.
Celle-ci, quittant sa retraite,
Contrefait la boiteuse, et vient se présenter.
L'homme de suivre, et de jeter
Tout ce qui lui pesait : si bien que Rongemaille
Autour des nœuds du sac tant opère et travaille,
Qu'il délivre encor l'autre sœur,
Sur qui s'était fondé le souper du chasseur.
Pilpay conte qu'ainsi la chose s'est passée.
Pour peu que je voulusse invoquer Apollon,
J'en ferais, pour vous plaire, un ouvrage aussi long
Que l'Iliade ou l'Odyssée.
Rongemaille ferait le principal héros,
Quoique à vrai dire ici chacun soit nécessaire.
Porte-maison l'Infante y tient de tels propos,
Que Monsieur du corbeau va faire
Office d'espion, et puis de messager.
La gazelle a d'ailleurs l'adresse d'engager
Le chasseur à donner du temps à Rongemaille.

Ainsi chacun en son endroit
S'entremet, agit, et travaille.
A qui donner le prix ? Au cœur, si l'on m'en croit.




- Antoine Houdar de La Motte



Fable IV, Livre I, Le renard et le chat.

Faire parler les animaux,
Ce ne fut pas tout l'art des mensonges d'Esope :
Dans ses contes il dévelope
Leurs apetits divers, leurs instincts inégaux.
Il faut à la nature être toujours fidele ;
Ne point faire du loup l'allié des brebis ;
Ne point vanter les chants de Philomele,
Après qu'elle a fait ses petits.
Comme d'un homme peint quand le portrait ressemble,
On dit que c'est lui-même à la parole près ;
Prenant de l'animal les véritables traits,
Faites dire au lecteur : c'est bien lui, ce me semble ;

Voilà mon drôle, le voilà ;
S'il ne parloit, je croirois le voir là.
La fable ne veut rien de forcé, de bizarre.
Par exemple, je me déclare
Pour le renard gascon qui renvoye aux goujats
Des raisins murs qu'il n'atteint pas :
Mais il n'a plus sa grace naturelle
Avec la tête sans cervelle.
Son mot est excellent. D'accord :
Mais un autre devoit le dire.
Là-dessus, dira-t-on, n'aurez vous jamais tort ?
Sans doute, je l'aurai ; mais alors ma satyre
Tombera sur moi ; j'y souscris.
Qu'on me l'applique sans scrupule.
Veux-je de toute faute exempter mes écrits ?
Je ne suis pas si ridicule.
Qui voudroit écrire à ce prix ?
Le renard et le chat faisant voyage ensemble,
Par maints discours moreaux abrégeoient le chemin.
Qu'il est beau d'être juste ! Ami, que vous en semble ?
Bien pensé, mon compere : et puis discours sans fin.
Sur leur morale saine éloge réciproque ;

Quand à leurs yeux, maître loup sort d'un bois.
Il fond sur un troupeau, prend un mouton, le croque
Malgré les cris et les abois.
Ô, s'écria le chat, ô l'action injuste !
Pourquoi devore-t-il ce paisible mouton ?
Que ne broutoit-il quelque arbuste ?
Que ne vit-il de gland, le perfide glouton ?
Le renard rencherit contre la barbarie ;
Qu'avoit fait le mouton pour perdre ainsi la vie ?
Et pourquoi le loup ravissant
Ne vivoit-il pas d'industrie,
Sans verser le sang innocent ?
Leur zèle s'échauffoit, quand près d'une chaumine
Arrivent nos scandalizés.
Une poule de bonne mine
Du vieux docteur renard frappe les yeux rusés.
Plus de morale ; il court, vous l'attrape et la mange :
Tandis qu'un rat qui sortoit d'une grange,
Assouvit aussi-tôt la faim
Du chat, qui jusques-là s'étoit crû plus humain.
Non loin de là, demoiselle araignée,
Qui de sa toile vit le coup,
Raisonnoit d'eux, comme ils faisoient du loup :
Une mouche à son tour n'en fut pas épargnée.
Nous voilà bien. Souvent nous condamnons autrui.
Que l'occasion s'offre ; en fait-on moins que lui ?




Fable XVIII, Livre I, Les Dieux d'Egypte.

Dans l'égypte jadis toute bête étoit dieu ;
tant l'homme au contraire étoit bête !
Tel animal ailleurs, qui n'a ni feu ni lieu,
avoit là son temple et sa fête.
On avoit fait un jour dans le temple du chat
d'un rat blanc et sans tache un pompeux sacrifice.
Le lendemain, c'est le tour du dieu rat :
il faut, pour le rendre propice,
qu'à ses autels un chat périsse.
Maître matou marchoit de festons couronné,
et de prêtres environné.
Du dieu rat jusqu'aux cieux on portoit la loüange.
Strophe, antistrophe, épode, harmonieux ramas :
petits faits et grands mots ; pindarique mélange.
Chacun prioit le dieu de menager sa grange.
Ne nous punissez point des insultes des chats,
disoit-on : que le sang de celui-ci vous vange.
Lui dieu ! Disoit le chat. Et ! Vous n'y pensez pas :
qui suis-je donc moi qui le mange ?
Hier c'étoit pour moi que fumoit l'encensoir ;
aujourd'hui mon trépas vous paroît legitime.
Pourquoi passer ainsi du blanc au noir ?
J'étois dieu ; me voilà victime.
Reproche embarrassant qu'on ne résolut point.
Nous sommes tous d'égypte, et leur mode est la nôtre.
Quels sont nos dieux ? Nos passions,
que suivant les occasions
nous immolons tour à tour l'une à l'autre.




Fable V, Livre V, Homère et le sourd.

À monseigneur le duc
De Noailles.
Noailles, toi, qui fais le métier de héros,
Comme on le sçavoit faire à Rome et dans l'Attique ;
Qui connois l'usage héroïque
De l'action et du repos,
Moderne Scipion, propre à faire un Terence :
Qui même dans les champs de mars,
Entretenois intelligence
Avec les nourriçons des arts ;
Couvert des lauriers dont Bellone
T'a couronné plus d'une fois,
Juge de ceux que je moissonne
Par mes poétiques exploits.
Un arbitre éclairé mal-aisément se trouve ;
Tout lecteur ne m'est pas un juge compétent.
Dans ce siécle hardi (quelquefois je l'éprouve)
Soit que l'on blâme ou qu'on approuve,
On décide plus qu'on n'entend.

Le chantre d'Achille et des rats,
Guindé sur des tréteaux dans une grande place,
Recitoit à la populace
Les sotises des dieux, et les sanglans combats.
Il avoit là son tableau, sa baguette ;
Montroit tous ses héros, les nommoit par leur
Nom :
Celui-ci, c'est Ajax ; cet autre Agamemnon ;
Puis il chantoit leurs faits : la scéne étoit
Complette,
Tout en étoit jusques au violon.
Le peuple oisif autour de lui s'empresse ;
De ses mots composés admire le beau son ;
Chacun faisoit voler le mouchoir et la piéce ;
Le chantre renvoyoit et mouchoir et chanson.
On sonne là-dessus le marché du poisson.
Tout déserte ; il reste un seul homme.
Homere court à lui, le nomme
Favori d'Apollon ; l'embrasse tendrement.
Au poisson, lui dit-il, tout court avidement ;
L'heure du marché sonne ; au diable qui
Demeure !
L'auditeur étoit sourd : que dites-vous de l'heure ?

Le marché sonne en vain, dit le chantre criant,
Il sonne ? Adieu, dit l'autre ; en vous remerciant.
Du grand effet de nos ouvrages
Nous nous applaudissons toujours.
De tels et tels nous vantons les suffrages ;
Et souvent tels et tels sont sourds.



• Jeux de mots


• Proverbes



A bon chat bon rat

A mauvais chat, mauvais rat

A tard se repent le rat quand par le col le tient le chat

De la maison du chat, n'est jamais saoul le rat

Il vaut mieux un rat vivant qu'un chien crevé

Jamais cheval à queue de rat, ne laissa son maître dans l'embarras

L'avare au rat d'une minière se compare en ceste manière

Le rat ne doit pas se moquer du chat ni la fille de l'amour

Penser scavoir par le notariat, les arts n'est rien moins que de prendre rat

Prendre un rat par la queue

Tard se repent le chétif rat, quand par le col le tient le rat

Tel rat, tel chat

Au laboureur nonchalant, les rats rongent son grain et à han

Le monde est bien mangé de rats

Les chats ne font pas les rats

Les moines sont dans leur couvent, comme des rats dans une cloche à fromage

On tiendrait plutôt un panier de rats qu'une fille de 20 ans

Où sont les chiens des puces où est le pain des rats où est la femme le diable

Quand il n'y a plus rien à ronger, les rats quittent le grenier

Quand le chat est hors la maison, souris et rats ont leur saison

Quand les chats n'y sont pas, les rats dansent

Rarement est et peu souvent, le vieil usurier sans argent, ville marchande sans fins larrons, vieil grenier sans rats ou ratons

Tels nourrissent chiens et oyseaux, qui n'ont pas pour nourrir les rats

Vaut mieux avoir les rats dans la maison, que d'avoir les maîtres

Villes et maisons sans habitants, nids sont aux rats et chats-huants

Au paresseux laboureur Les rats mangent le meilleur.

Si le rat a mis une culotte, ce sont les chats qui l'ôtent.

A beau chat, beau rat.

On ne demande pas au poisson ce qui arrive sur terre, ni au rat ce qui arrive dans l'eau.

Qui ne veut nourrir le chat doit nourrir le rat.

Mieux vaut nourrir son chat que de nourrir le rat.

A tas de blé, le rat s'y met ; et à tas d'argent, les procès.


• Expressions



avoir une face de rat = faciès chafouin

avoir un rat mort à la place du cœur = être cruel

dormir comme un rat mort = dormir très profondemment

être un rat, être rat = être avare

être fait comme un rat = n'avoir aucune chance de se sortir d'une situation fâcheuse

gueux comme un rat d'église = utilisé par Verlaine, très pauvre

les rats quittent le navire (péjoratif) = référence marine, les rats semblant quitter un bâtiment promis au naufrage ; abandonner sans gloire une cause désespérée.

petit rat de l'opéra = jeune danseur(se) de l'Opéra de Paris

queue de rat = lime ronde

rat de cave = petite lampe à mèche ou à bougie

rat de cave = employés des douanes

rat d'hôtel = cambrioleur spécialisé dans les chambres d'hôtel

rat de bibliothèque = personne passionnée de livres

ratonnade = violences racistes envers les Nord-Africains

s'embêter comme un rat mort = s'ennuyer ferme


• Sources



Pour les citations =
http://www.evene.fr/citations/theme/rat.php


Pour les proverbes =
http=//environnement.ecoles.free.fr/proverbes-dictons-rat.htm
http=//environnement.ecoles.free.fr/proverbes-dictons-rats.htm
http://www.evene.fr/citations/theme/rat.php


Pour les expressions =
http=//fr.wikipedia.org/wiki/Idiotisme_animalier#R